« Obliger à Beauté » : Les Récréâtrales 2026 dévoilent une édition majeure pour réinventer le monde par la création

 « Obliger à Beauté » : Les Récréâtrales 2026 dévoilent une édition majeure pour réinventer le monde par la création

uagadougou, 26 février 2026 — Une conférence de presse haute en couleur annonce la 14ᵉ édition des Récréâtrales 2026

Ce jeudi 26 février, dans la cour emblématique des Récréâtrales à Ouagadougou, s’est tenue une conférence de presse d’envergure pour dévoiler le thème, les innovations et les grandes lignes de la 14ᵉ édition des Récréâtrales, qui se déroulera du 26 au 31 octobre 2026 au cœur du quartier Gounghin – Bougsemtenga.

Créé en 2002 par le dramaturge burkinabè Étienne Minoungou, ce festival est devenu au fil des années l’une des plateformes les plus dynamiques du théâtre contemporain africain, un espace de création, de recherche, de formation et de diffusion qui accueille artistes et publics du continent et de la diaspora dans les cours familiales et les rues du quartier populaire de Bougsemtenga à Ouagadougou.

« Obliger à Beauté » : une esthétique de résistance inspirée de Édouard Glissant

Pour son 14ᵉ édition, le festival s’inscrit sous le thème : « Obliger à Beauté », une notion riche et exigeante tirée de Le tremblement du monde d’Édouard Glissant — philosophe, poète et penseur martiniquais dont la pensée cosmopolite inspire une éthique globale du « Relationnel ».

Contrairement à une interprétation purement esthétique, cette expression engage une dimension profondément politique et philosophique : faire de la beauté une force vivante, un acte de résistance face aux fractures de l’histoire humaine — colonisation, domination, exclusions culturelles, violences sociales. Là où la laideur morale semble régner, obliger à beauté signifie transformer le chaos en possibilité, refuser la résignation, convertir la douleur en création — une renaissance collective.

La beauté n’est plus un ornement, mais une relation :

  • entre les peuples,
  • entre les cultures,
  • entre les mémoires,
  • entre les imaginaires.

Dans cette perspective, l’art devient une réponse active aux crises de notre temps.

Aristide Tarnagda : « La magie artistique au service de l’espoir »

Le directeur artistique des Récréâtrales, Aristide Tarnagda, a exprimé lors de la conférence l’ambition de cette édition :

« Cette année, il y aura de la beauté, de grandes surprises, et la rue elle-même sera sublimée par des créations scénographiques venues d’ici et d’ailleurs. Malgré les difficultés structurelles et sécuritaires, les Récréâtrales continuent de résister pour montrer au monde que le Burkina Faso vit, crée et rayonne par sa culture. La culture est un guerrier, elle rassemble, elle guérit, elle redonne vie. »

Le directeur artistique des Récréâtrales, Aristide Tarnagda

Le festival, qui se distingue depuis sa création par son lien étroit avec les habitants du quartier de Bougsemtenga, leur histoire, leur quotidien, et par son ouverture aux artistes africains et internationaux, réaffirme ainsi sa vocation de festival citoyen, inclusif et engagé.

Un processus artistique de haute intensité

Comme à l’accoutumée, les préparatifs s’étendent sur plusieurs mois. Depuis le 2 février, des ateliers appelés « Connivences » rassemblent scénographes, plasticiens, artistes visuels et performeurs venus du monde entier.

Pendant près d’un mois, ces créateurs réfléchissent à la transformation de la rue, des cours et des espaces publics, produisent des maquettes et soumettent des propositions pour l’embellissement du quartier en vue de la grande fête théâtrale d’octobre.

La Maquette

Ce processus se décline en plusieurs étapes :

  1. Résidence de création et réflexion scénographique (février) ;
  2. Conception des prototypes et tests en juin ;
  3. Construction et installation finale en septembre pour métamorphoser la rue en un espace de rencontre artistique et populaire.

Cette démarche participative fait de chaque édition un laboratoire créatif où habitants, artistes et visiteurs co-créent un paysage culturel nouveau.

Un avant-goût vibrant : danse, tradition et jeunesse

La soirée de présentation a offert aux participants un extrait du spectacle qui ouvrira la 14ᵉ édition, dirigé par le chorégraphe Djibril Ouattara. Sa création, inspirée de la tradition, a invité le public à un voyage immersif au cœur de l’identité culturelle : avec les vendeurs de culture, les récits de tragédies ancestrales, et surtout l’union des acteurs sociaux — mamans, grands-mères, enfants et femmes du quartier, tous engagés dans la mise en mouvement du corps, de la mémoire et de l’imaginaire.

Cette performance n’était pas seulement artistique ; elle était un partage de voix communautaires, une célébration de la vie dans sa diversité et sa profondeur.

L’Espace Jeune Public : culture et éducation dès l’enfance

Une autre dimension importante de cette conférence a été présentée avec l’Espace Jeune Public : un programme destiné aux enfants du quartier et aux jeunes de tous horizons. Dans cet espace, les plus petits ont été initiés au théâtre, au dessin, aux contes et à l’expression créative.

Les jeunes participants ont livré une représentation sur les défis scolaires, sensibilisant leurs pairs aux dangers et aux conséquences de la déscolarisation, alliant ludisme, prise de conscience et engagement citoyen.

Ce volet illustre la volonté des Récréâtrales de s’ouvrir à toutes les générations, en particulier aux futures voix du théâtre africain.

Scénographie : les prototypes de la beauté publique

Enfin, les scénographes présents ont dévoilé plusieurs prototypes d’installations artistiques qui transformeront la rue en un espace de spectacle, de jeu, de lumière et de dialogue.

Ces créations visent à faire de Bougsemtenga non seulement un décor, mais un lieu d’expression sensorielle où art et vie quotidienne se rencontrent, invitant chaque spectateur à faire l’expérience de la beauté comme acte politique et relationnel.

Un festival ancré, ouvert, et puissant

Les Récréâtrales ne sont pas seulement un festival.
C’est, depuis plus de deux décennies, une résidence panafricaine d’écriture, de création et de diffusion théâtrales qui invite artistes, habitants et publics à repenser leur rapport au monde à travers l’expression scénique, plastique, sonore, littéraire et sociale.

Chaque édition est un voyage — vers l’autre, vers soi, vers l’inconnu — où le théâtre est à la fois outil d’analyse sociale, espace d’expression populaire et fer de lance d’une esthétique vivante et exigeante.

Cette année, avec « Obliger à Beauté », les Récréâtrales promettent non seulement d’illuminer les rues de Ouagadougou, mais aussi de résonner dans les imaginaires du monde entier.

PASSERE Bourenima

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