Quand le corps parle vrai : retour sur une 6ᵉ édition mémorable d’Africa Simply The Best
Bobo-Dioulasso a vibré jusqu’au dernier souffle chorégraphique. La 6ᵉ édition d’Africa Simply The Best, plateforme chorégraphique panafricaine dédiée au solo, a officiellement refermé ses rideaux hier soir, laissant derrière elle une impression forte : celle d’un rendez-vous artistique arrivé à maturité, audacieux dans ses choix et profondément ancré dans son époque.
Dans une salle suspendue entre émotion et attente, le public a frémi, le jury a travaillé avec rigueur et intégrité, et le suspense est monté crescendo jusqu’à l’ultime délibération. Une chose était cependant claire : le niveau artistique de cette édition était exceptionnel.

L’ACOGNY D’OR : l’unanimité du jury face à l’excellence
Fait rare et significatif, le jury a été unanime pour l’attribution de l’Acogny d’Or. Aucun débat, aucune hésitation. La décision s’est imposée d’elle-même, tant la pièce lauréate brillait par sa qualité artistique, son originalité dramaturgique et sa créativité chorégraphique.
🏆 Acogny d’Or
Stéphanie Mwamba (République Démocratique du Congo)
🎭 Kizazi
Avec Kizazi, Stéphanie Mwamba a livré une œuvre puissante, incarnée, profondément contemporaine, où le corps devient mémoire, transmission et résistance. Une performance saluée comme l’une des plus marquantes de l’histoire récente du festival.

UNE INNOVATION MAJEURE : L’ACOGNY D’HONNEUR À GERMAINE ACOGNY
Parmi les grandes innovations de cette édition, l’instauration de l’Acogny d’Honneur restera sans doute l’un des moments les plus forts et les plus symboliques. Cette distinction a été attribuée à une figure tutélaire de la danse contemporaine africaine :
🌍 Germaine Acogny (Sénégal)
Surnommée à juste titre « la mère de la danse contemporaine africaine », Germaine Acogny est une pionnière, une bâtisseuse et une passeuse de savoirs. À l’âge de 24 ans, en 1968, elle fonde à Dakar son premier studio de danse, posant ainsi les bases d’un langage chorégraphique inédit, nourri à la fois des danses traditionnelles africaines, de la danse classique, de la danse moderne occidentale, et de l’héritage spirituel de sa grand-mère, prêtresse yoruba.

Elle développe alors sa propre technique de danse africaine moderne, aujourd’hui enseignée et reconnue à l’échelle internationale.
Co-fondatrice de l’École des Sables à Toubab Dialaw, l’un des centres de formation en danse contemporaine les plus prestigieux d’Afrique et du monde, Germaine Acogny a formé plusieurs générations de chorégraphes africains et internationaux. Son engagement pour la transmission, la recherche et la professionnalisation de la danse en Afrique s’étend sur plus de cinq décennies.
Son influence dépasse largement le continent africain. Elle a été classée parmi les 50 personnalités africaines les plus influentes au monde, et son œuvre continue d’inspirer artistes, pédagogues et institutions culturelles à travers le globe.

L’Acogny d’Honneur apparaît ainsi comme une reconnaissance légitime, mais aussi comme un acte de mémoire et de gratitude envers une femme qui a ouvert la voie.
UNE DÉCISION HISTORIQUE : DEUX ACLOGNY DE BRONZE
Autre surprise majeure de cette édition : pour la première fois depuis la création du festival, le jury n’a pas pu départager deux œuvres pour la troisième place. Face à deux propositions d’une force équivalente, la décision d’attribuer deux Acogny de Bronze s’est imposée.
🥈 Acogny d’Argent
Arsène Etaba (Cameroun)
🎭 Les dieux dansent mal
Une œuvre audacieuse, à la fois critique et poétique, qui interroge le sacré, la chute et la fragilité humaine.

🥉 Acogny de Bronze
Rakotoniriana Tokiniaina Thierry (Madagascar)
🎭 Tambatra – Oppression
Farage Barka (Burkina Faso)
🎭 Ould
Deux univers singuliers, deux écritures chorégraphiques fortes, portées par une maîtrise corporelle remarquable et une profondeur de propos saluée unanimement.

UN FESTIVAL PORTÉ PAR SON PUBLIC ET SON TERRITOIRE
Au-delà des prix, Africa Simply The Best 6 restera comme une édition de réussite totale. Réussite artistique, certes, mais aussi réussite humaine et sociale. La forte implication du public, notamment les habitants du quartier, a donné au festival une chaleur et une énergie particulières.
Cette participation locale, combinée à une forte présence panafricaine, confirme que le festival n’est pas seulement une vitrine artistique, mais aussi un espace de partage, de transmission et d’appropriation culturelle.

UNE PLATEFORME QUI CONFIRME SA MISSION PANAFRICAINE
Avec ses innovations, la qualité exceptionnelle de ses propositions artistiques et son ancrage territorial, Africa Simply The Best confirme son rôle de plateforme de référence pour la danse contemporaine africaine. Un espace où les corps parlent vrai, où les esthétiques se confrontent, et où l’Afrique chorégraphique s’écrit au présent, avec exigence et audace.
PASSERE Boureima