« Sous l’arbre du Nakambé » : l’Espace Culturel Gambidi lance sa nouvelle création de théâtre-débat à Tenkodogo

 « Sous l’arbre du Nakambé » : l’Espace Culturel Gambidi lance sa nouvelle création de théâtre-débat à Tenkodogo

L’Espace Culturel Gambidi engage 14 communes dans une tournée artistique pour défendre l’éducation de base

Le vendredi 20 février, le CPL de Tenkodogo a accueilli la présentation officielle de la nouvelle création de l’Espace Culturel Gambidi : « Sous l’arbre du Nakambé » (« Nakambé su-sik tiiga mãasmē »), une œuvre de théâtre-débat mise en scène par Nongdo Ouédraogo.

Cette représentation, organisée à l’intention des partenaires techniques et financiers ainsi que des autorités communales, marque le lancement d’une tournée majeure dans 14 communes des régions du Nakambé et de Oubri, du 23 février au 10 mars.

Créé dans le cadre du projet de formation, création et diffusion artistique du programme « Creativity 4 Development – Burkina Faso (C4D BF) », porté par Africalia avec l’appui technique d’Enabel, le spectacle s’inscrit dans le Programme de coopération bilatérale 2023-2027 entre le Burkina Faso et le Royaume de Belgique.

Mais au-delà du cadre institutionnel, « Sous l’arbre du Nakambé » est avant tout un cri d’alerte. Un appel profond et urgent à la conscience collective.

Le théâtre comme espace de vérité et de transformation

« Sous l’arbre du Nakambé » n’est pas un spectacle ordinaire.
Il s’agit d’un théâtre-débat participatif, où la scène devient un lieu de confrontation des réalités sociales.

Dans cette œuvre, les personnages incarnent des situations familières :
un parent hésitant à maintenir son enfant à l’école, un jeune tenté par l’orpaillage, un enseignant désemparé face aux abandons, une communauté partagée entre tradition et modernité.

À l’issue de chaque représentation, le public prend la parole. Les spectateurs deviennent acteurs. Les scènes peuvent être rejouées si nécessaire, afin d’éclairer les intentions et approfondir la compréhension.

Pour le metteur en scène Nongdo Ouédraogo, la démarche est claire :

« Le théâtre doit être utile. Il ne suffit pas de jouer. Il faut s’assurer que les messages sont compris. Si un point n’est pas clair, nous reprenons la scène. Nous discutons. Nous échangeons. Le spectacle est construit par et pour les populations. »

Cette interaction transforme la représentation en véritable laboratoire citoyen.

L’éducation face à l’illusion de l’argent rapide

Au cœur de la pièce : l’éducation de base.

Dans plusieurs localités, l’inscription des enfants à l’école reste fragile. Même lorsque l’inscription est effective, le suivi parental est parfois insuffisant. À cela s’ajoute l’attrait des sites d’orpaillage, où l’argent semble immédiat et tangible.

Nongdo Ouédraogo

Nongdo Ouédraogo analyse avec lucidité :

« L’orpaillage donne l’impression d’une réussite rapide. Mais l’éducation construit l’être humain. Sans base éducative, les risques sont grands. L’école reste le socle qui permet d’affronter la vie avec maturité, responsabilité et vision. »

Le spectacle ne condamne pas. Il interroge. Il met en balance le court terme et le long terme, l’urgence économique et la construction durable.

Le message est fort :
l’éducation n’est pas une option. Elle est une nécessité stratégique pour l’avenir des communautés.

Une œuvre multilingue pour toucher toutes les consciences

Afin de garantir une appropriation réelle du message, la pièce est jouée en plusieurs langues nationales, en plus du français. Selon la localité, les échanges peuvent se dérouler en moré, en bissa ou dans d’autres langues locales.

Cette diversité linguistique n’est pas un détail : elle traduit la volonté de s’adresser à tous, sans barrière.

Le théâtre devient alors un outil inclusif, accessible et profondément enraciné dans les réalités culturelles des territoires.

Une vision portée par l’Espace Culturel Gambidi

Pour Kira Claude Guingané, directeur de l’Espace Culturel Gambidi, cette production répond à une mission essentielle :

« L’éducation est un véritable ascenseur social. Si nous ratons l’éducation de base, nous compromettons l’avenir d’une génération entière. Notre rôle, en tant qu’acteurs culturels, est d’accompagner les communautés dans cette réflexion. »

Kira Claude Guingané, directeur de l’Espace Culturel Gambidi,

Il rappelle que le Burkina Faso est un pays majoritairement jeune :

« Orienter les enfants vers l’école, c’est investir dans la stabilité, la cohésion sociale et le développement durable. »

La restitution du vendredi 20 février à Tenkodogo a également permis aux partenaires et aux autorités de formuler des observations constructives avant la tournée régionale.

« C’est un exercice de redevabilité et d’amélioration continue. Nous montrons le travail réalisé et nous recueillons les suggestions pour le renforcer », souligne-t-il.

Un projet structurant à l’échelle territoriale

Selon Adama Kaboré, consultant culturel et coordinateur du projet Creativity 4 Development :

« Africalia utilise les activités artistiques comme outils de communication pour sensibiliser et mobiliser les populations autour des enjeux de développement. Le théâtre parle à tous, même lorsque la langue n’est pas totalement maîtrisée. »

Adama Kaboré, consultant culturel et coordinateur du projet Creativity 4 Development

Les représentations se dérouleront dans :

  • des écoles
  • des centres de formation professionnelle
  • des sites d’accueil de personnes déplacées internes
  • des cours de chefs coutumiers
  • des marchés et espaces publics
  • des lieux de rassemblement de jeunes

Chaque représentation sera suivie d’un débat communautaire, renforçant l’impact et la portée du message.

Quand la culture devient un levier stratégique de développement

Avec « Sous l’arbre du Nakambé », l’Espace Culturel Gambidi démontre que la culture n’est pas un luxe. Elle est un levier de transformation sociale.

Dans un contexte où les défis éducatifs restent majeurs, cette initiative montre que l’art peut être un puissant catalyseur de changement, capable de provoquer la réflexion, d’encourager la responsabilité collective et de raviver l’espoir.

Sous l’arbre du Nakambé, ce n’est pas seulement une pièce qui se joue.
C’est l’avenir d’une génération qui se discute.

PASSERE Boureima

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